Les Tarahumara: quête spirituelle du bonheur, élévation de la conscience personnelle | La sagesse sur Terre (1)

Les Tarahumara: quête spirituelle du bonheur, élévation de la conscience personnelle

Il y a peu encore, ce peuple qui fascina les intellectuels, jusqu’au poète Antonin Artaud qui vint les visiter en 1937, se considérait exempt du Mal et se voulait la Conscience du Monde.

Le pays des Tarahumaras est plein de signes, de formes, d’effigies naturelles qui ne semblent point nés du hasard, comme si les dieux, qu’on sent partout ici, avaient voulu signifier leurs pouvoirs dans ces étranges signatures où c’est la figure de l’homme qui est de toutes parts pourchassée. […]  quand tout un pays sur la pierre développe une philosophie parallèle à celle des hommes ; quand on sait que les premiers hommes utilisèrent un langage de signes et qu’on retrouve formidablement agrandie cette langue sur les rochers, certes, on ne peut plus penser que ce soit là un caprice, et que ce caprice ne signifie rien.

Extrait de « La montagne des signes » Antonin Artaud

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Ce peuple vit dans la région de la Barranca del Cobre (Ravins du Cuivre en espagnol), au nord du Mexique, dans l’État de Chihuahua. Tarahumara est la corruption du terme amérindien Raramuri par lequel ce peuple se désigne. Ce terme signifierait, selon certains ethnologues, comme le Norvégien Carl Lumholtz, « ceux qui ont les pieds légers » dans leur langue de la famille uto-aztèque. L’historien Luis González avance aussi l’étymologie similaire de « plante du coureur ». Interprétations  discutées,  même si elles se basent sur la réputation des Raramuri d’être des coureurs de fond avérés.

La tradition de la course de fond revêt des aspects cérémoniels et compétitifs.
La course sur de longues distances s’est développée dans le contexte d’un peuplement de faible densité pour assurer le transport et la communication entre les établissements éloignés.

Dans le dédale des canyons des montagnes, les foyers tarahumaras n’étaient reliés entre eux que par de vertigineux sentiers depuis que leur communauté avait fui les conquérants espagnols. Fermiers et bergers, ils menaient une vie autarcique et solitaire.

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Les Raramuri se sont réfugiés dans la région de la Barranca del Cobre dans la Sierra Madre Occidentale dans l’ouest du Mexique lors de la progression des Espagnols au XVIe siècle. Le secteur qu’ils habitent actuellement est souvent nommé la « Sierra Tarahumara ».

Selon le plus récent recensement du gouvernement fédéral, 106 000 Raramuri vivent au Mexique, ce qui fait d’eux l’un des groupes indigènes les plus importants d’Amérique du Nord.
La plupart suivent toujours leur mode de vie traditionnel, dans un habitat de type troglodytique ou de petites maisons en bois ou en pierre, cultivant le maïs et les haricots.

Nombre de Raramuri continuent à élever des bovins, des chèvres et des moutons et à pratiquer la transhumance. Chasseurs occasionnels, ils ont longtemps complété leur alimentation à base de maïs, de haricots et de courges par du gibier.
D’une manière ou d’une autre, les Raramuri restent des semi-nomades.

Le terme Raramuri ne désigne que les hommes ; les femmes sont appelées individuellement muki et collectivement igomele.

Ils vivent par groupes familiaux sur les hauts plateaux environnants, le long de rios qui sont à sec la moitié de l’année. A l’arrivée des grands froids, ils descendent en bas des canyons.

Ils sont différents des autres groupes indiens du Mexique par leur volonté d’isolement. Traditionnellement, leur costume en coton blanc ou tapote est complété par un bandeau rouge autour du front pour les hommes et en général d’une tunique en forme de robe sac pour les femmes et les jeunes filles, elles portent parfois une jupe retenue à la taille par une ceinture. Peuple d’agriculteurs, les hommes se consacrent à la culture, les femmes s’occupent de leur foyer et enfants et de la fabrication d’objets artisanaux.

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Répartis en plusieurs communautés autonomes, chaque village dispose de son gouverneur, élu par toute la population du village en fonction de son savoir et de son implication dans la vie quotidienne.

Empreint de philosophie et de chamanisme, ce peuple reste discret par tradition. Les Raramuri organisent entre communautés des manifestations rituelles :
– des rites visionnaires
– des jeux de balle en bois (le rarahipa)
– des courses en équipe de 60 km et plus dans la montagne.

Comme toutes les religions chamaniques, celle des Raramuri ignore la notion de péché. Elle connaît pourtant une faute, unique : l’abaissement de son niveau de conscience

En dehors de leur temps de travail, l’essentiel de leur vie est consacrée à la contemplation. Un système de pensée qui repose sur une quête spirituelle du bonheur et l’élévation de la conscience personnelle

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Mais à l’instar de l’immense majorité des cultures indigènes de la planète, le mode de vie Tarahumara – à chacun selon ses besoins – jusqu’ici protégé par des canyons labyrinthiques et des sommets qui culminent à 2 600 mètres, est remis en cause par le modèle occidental.
La pression du tourisme, l’aveuglement des ONG qui persistent à envoyer des ballots de jeans et de T-shirts pour remplacer pagnes et tuniques, la menace des narcotrafiquants qui exploitent les communautés les plus reculées en les obligeant à cultiver la marijuana en échange de fusils mitrailleurs AD47, tout ici contribue à menacer l’intégrité des Tarahumaras.

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Commentaires

Merci beaucoup pour vos précieuses informations.
Souhaitaons que tout soit mis en oeuvre pour préserver leur culture, leur mode de vie, leurs choix de vie.

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