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Virginie Modératrice

Inscrit le: 13 Oct 2004 Messages: 1241 Localisation: Entre ici et là
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Posté le: 30 Juil 2007 01:45 Sujet du message: Tristan & Iseult |
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| Citation: | | La légende de Tristan et Iseult a subi de nombreuses transformations depuis son apparition à l'époque païenne celtique. Ce texte hypothétique aurait été l'aboutissement d'une tradition orale datant des conteurs celtiques préchrétiens |
Quelqu'un saurait les grandes différences ? _________________ Vous trouverez plus dans les bois que dans les livres ; les arbres et les roches vous apprendront les choses que aucuns maîtres vous dira...
"Pour que la paix rayonne sur la Terre, commençons avec les enfants."
(Gandhi)
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~Rit Rit~ |
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Philippe Administrateur
Inscrit le: 24 Déc 2002 Messages: 4701 Localisation: Lyon
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Posté le: 30 Juil 2007 06:48 Sujet du message: |
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Non car le récit d'origine a disparu il existe beaucoup de récits aménagés.
Ce que lisent les "spécialistes" c'est là encore une histoire de roman, or Tristan et Iseult comme l'est Erec et Enide sont des textes d'enseignement codés ( Norbert et Duc vous diraient comme ils vous le servent à chaque fois : la langue des oiseaux )
Par exemple dans Tristan et Iseult il est question de la Déesse Mère et du mariage des élements que tu ne trouveras pas écrit comme çà !
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"Si tu passes, arrête-toi|| Si tu t'arrêtes, parle nous||Si tu parles, écoute aussi||Si tu écoutes, alors agis||mais agis surtout si tu as réfléchi||et alors tout le monde, ici, aura besoin de toi ..." |
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Virginie Modératrice

Inscrit le: 13 Oct 2004 Messages: 1241 Localisation: Entre ici et là
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Marie* Modératrice - Chevalier Gentil

Inscrit le: 16 Fév 2005 Messages: 6352 Localisation: les brumes du nord
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Posté le: 30 Juil 2007 16:05 Sujet du message: |
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Tiens justement Erec et Enide en attente dans un coin de mon ordi, vais pas le lire du même oeil du coup  _________________ *Rit Ur* - La Charte des Gentils
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"Les frondaisons du hêtre
Toutes reverdies,
Neuves, bourgeonnantes,
Ne sont plus flétries."
Câd Goddeu |
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Virginie Modératrice

Inscrit le: 13 Oct 2004 Messages: 1241 Localisation: Entre ici et là
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Marie* Modératrice - Chevalier Gentil

Inscrit le: 16 Fév 2005 Messages: 6352 Localisation: les brumes du nord
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Posté le: 31 Juil 2007 00:41 Sujet du message: |
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voui  _________________ *Rit Ur* - La Charte des Gentils
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"Les frondaisons du hêtre
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Câd Goddeu |
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Kan Rit Ar Norbert Administrateur

Inscrit le: 24 Déc 2002 Messages: 4158
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Posté le: 31 Juil 2007 10:27 Sujet du message: |
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Merci pour la "passe", Philippe§
En parlant de langue des oiseaux, j'ai emmeneé une poignée de gentils ce tte fin de semaine écouter un concert de chansons de la renaissance; en leur expliquant d'entendre les paroles sous une autre forme que livresque: en effet sous des abords très "chanson d'amour" , la majorité des textes de ronsards, du bellay ou autres poètes étaient cryptés, soit pour les alchimistes soit pour les........."initiés"
Il en est de même de tristan et Yseult, perceval etc...
 _________________ L'AMOUR rétablit notre UNITE PRIMITIVE....
PLATON(le Banquet)
Je ne connais qu'un seul devoir, c'est celui d'aimer......
A. Camus
Ne prenez pas la vie au sérieux, vous n'en sortirez pas vivant........... |
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Méléagant Pionnier de Sagesse Primordiale
Inscrit le: 21 Avr 2008 Messages: 21
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Posté le: 24 Avr 2008 22:03 Sujet du message: |
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“Jamais on ne trouvera médecin qui puisse soigner cette blessure, ma sœur Iseut mise à part : elle seule connaît les vertus et les pouvoirs de toutes les plantes.” La mère d’Iseut, reine d’Irlande, nommée elle aussi Iseut, est donnée pour une “puissante magicienne”, experte en sortilèges et philtres “fabriqués minutieusement à partir de fleurs et d’herbes, avec un art consommé ” Cette royale magicienne ressemble fort a ses sœurs méridionales, Isis, Circée ou Médée; si la première est en général peu regardée sous sa face sombre, les deux autres le sont exclusivement : ce sont des héroïnes dites barbares, maléfiques, surtout amantes libres et hostiles au mariage, et très versées dans l’usage des plantes, pour la santé mais aussi pour l’amour. Magicienne donc, la reine Iseut, mère ou fille, peut-être plutôt fée, au sens ancien du terme, avec tous les savoirs et pouvoirs qui leur sont attribués. L’allusion aux “mires”, terme encore employé par Molière pour signifier “médecin”, correspondait auparavant exclusivement aux “femmes sages”, les Moires grecques, dont Mire est un avatar . Iseut la Mire, Iseut à la crinière blanche, la magicienne, la guérisseuse, sœur ou fille des grandes héroïnes antiques de la Méditerranée, Iseut est seule à connaître “les vertus et les pouvoirs de toutes les plantes et de tous les médicaments qui peuvent soigner les blessures” ; elle est également seule à connaître la recette du p n dont Morholt, son frère, a enduit la pointe de son arme, celle qui a blessé Tristan. “L’arme caractéristique des fées est la petite pointe de trait en pierre, aujourd’hui encore appelée en Grande-Bretagne elf-bolt, c’est-à-dire trait d’elfe. Les pointes de traits sont en silex. La flèche ne pouvait infliger qu’une blessure très superficielle à l’homme et aux bêtes sauvages; cependant la blessure causée par un trait d’elfe était souvent mortelle. Seul le p n peut rendre compte de la terreur qu’inspirait cette arme dérisoire. Soignés à temps, les animaux domestiques mourraient rarement d’un trait d’elfe; abandonnés à eux-mêmes, ils périssaient. Ces armes existaient encore au XVIIè siècle, selon une déposition d’un témoin oculaire.” Les blessures que reçoit Tristan sont causées par des armes ennemies : la lance de Morholt par exemple; or ce ne sont pas de simples blessures : la preuve, c’est qu’elles s’aggravent avec le temps. Iseut le remarque : “ceux qui devaient vous guérir ne l’ont pu faire; car ils ne prenaient pas garde au p n.” Dès qu’elle a compris cela, elle sait guérir le mal. D’autant plus que le p n fut fabriqué dans l’officine de son propre palais ! Dans la vieille légende de Tristan & Iseut, mère et fille ne sont pas vraiment distinctes; ce qui à l’origine n’avait sans doute pas une importance capitale. C’est souvent la mère qui est désignée comme magicienne : “Dans le monde entier, il n’y avait de médecin qui possédât si bien des connaissances médicales de toutes sortes, car elle savait soigner les diverses maladies et blessures que les gens peuvent contracter. Elle connaissait les vertus de toutes les plantes qui servent à soulager. Elle était au fait de toutes les techniques et de tous les moyens de soigner qui ressortissent à l’art de la médecine. Elle savait aussi soigner les gens qui avaient absorbé des boissons empoisonnées, guérir les blessures empoisonnées et les attaques, faire sortir toutes sortes d’infections et de douleurs de tous les membres, si bien qu’il n’y avait nulle part de savant qui fut plus habile ou meilleur en matière médicale.” D’autres textes attribuent cette science à la fille. “Cette Iseut était la plus belle femme du monde, la plus savante en chirurgie qu’on aurait su trouver en ces temps, car elle connaissait toutes les herbes et leur pouvoir. Il n’y avait si dangereuse plaie qu’elle ne guérit. Et elle n’avait pas plus de quatorze ans.” Durant l’exil en forêt de Morois, Tristan est blessé par une flèche. Mais “il ne va pas loin sans voir son bras tout enflé. Alors il connaît que la flèche était empoisonnée; mais peu lui importe : Iseut saura si vite le guérir !” La mère et la fille possèdent donc cette science, car la mère transmet nécessairement son savoir à sa fille, en ce temps-là.
La parenté de la reine Iseut avec les fées du monde celte est donc patente. Son ascendance autochtone et par conséquent pré-indo-européenne semble également probable. Enfin, son équivalence avec les magiciennes de l’Antiquité grecque est avérée. D’ailleurs, n’est-il pas curieux de voir Iseut, tout comme Médée, flanquée d’un dragon qui rugit dans ses parages ? |
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Marie* Modératrice - Chevalier Gentil

Inscrit le: 16 Fév 2005 Messages: 6352 Localisation: les brumes du nord
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Posté le: 24 Avr 2008 22:11 Sujet du message: |
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Dragon, tu as dis Dragon !!!
(et merci de cette intervention que je vais relire attentivement Méléagant ) _________________ *Rit Ur* - La Charte des Gentils
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Câd Goddeu |
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Nina Padilha Sympathisante

Inscrit le: 30 Nov 2005 Messages: 3576 Localisation: Déracinée
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Posté le: 24 Avr 2008 22:43 Sujet du message: |
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| Philippe a écrit: | | Tristan et Iseult comme l'est Erec et Enide sont des textes d'enseignement codés ( Norbert et Duc vous diraient comme ils vous le servent à chaque fois : la langue des oiseaux ) |
La langue des oiseaux ? Là, c'est cuit cuit...
Je ne saisis pas la subtilité. _________________ Chimboraï khumi !
Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit. [Khalil Gibran] |
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Kan Rit Ar Norbert Administrateur

Inscrit le: 24 Déc 2002 Messages: 4158
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Posté le: 25 Avr 2008 08:43 Sujet du message: |
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Ah, encore une fois, les dragons sont présents, symboles chers aux Initiés.
Si,nous les retrouvons dans des textes anciens si souvents c'est, bien sur, qu'il y a une raison.
par contre j'aimerai , s'il te plait, Méléagant, que tu nous exposes pourquoi,
| Citation: | | Enfin, son équivalence avec les magiciennes de l’Antiquité grecque est avérée. |
j'avoue que là, j'ai un détail qui m'échappe,du moins dans quel sens, Merci.
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Méléagant Pionnier de Sagesse Primordiale
Inscrit le: 21 Avr 2008 Messages: 21
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Posté le: 25 Avr 2008 15:00 Sujet du message: |
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Non, c'est pas cuit cuit; c'est o i s o.
Sur les dragons ? Vous en savez autant que moi, et moi aussi peu que vous...
Iseut/Médée, des équivalentes ?
En tant qu'ultime gardienne de la tradition primordiale... Tradition relative à la parenté, n'y voir rien de mystique là-dedans. |
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Marie* Modératrice - Chevalier Gentil

Inscrit le: 16 Fév 2005 Messages: 6352 Localisation: les brumes du nord
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Posté le: 25 Avr 2008 16:47 Sujet du message: |
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| Méléagant a écrit: | | Sur les dragons ? Vous en savez autant que moi, et moi aussi peu que vous... |
Je sais ce que je sais, mais j'ignore ce que toi tu sais et je ne me permettrais pas d'en presumer
Je connais quelqu'un qui serait bien intéressé de discuter avec toi de Médée, dommage qu'il soit en voyage... mais ce n'est surement que partie remise  _________________ *Rit Ur* - La Charte des Gentils
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Méléagant Pionnier de Sagesse Primordiale
Inscrit le: 21 Avr 2008 Messages: 21
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Posté le: 24 Mai 2008 21:38 Sujet du message: Et Joyeuse Fête des Mères ! |
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“Par la grande joie qu’avait la dame de voir son amant à sa guise, toute son apparence se trouva changée. Son sire était très subtil; il s’aperçut qu’elle était autrement que de coutume” , et il ne peut l’admettre : il place donc un piège qui causera la mort de l’amant. Car le mariage rend jaloux. A la moindre alerte, étreints par un sentiment de dépossession, les hommes deviennent “furieux et cruels”
Et la jalousie n’est que le début d’une interminable théorie de méfaits. Car rien n’arrête ces guerriers; ils ont la loi pour eux. Ce monde masculin plein d’aigreur, de concupiscence frustrée, de violence contenue, répand dans le château de Tintagel une puanteur insoutenable. Sans cesse on se soupçonne, on s’épie, on se dénonce, on se tend des pièges, on se surveille, on se craint, on se tue. Car “les jaloux mènent une existence difficile : tous les jours, c’est la colère ou la dispute; la nuit, c’est le soupçon ou la peur. Pendant que cinq chevaliers dormaient, les cinq autres veillaient, les uns aux portes, les autres aux fenêtres afin d’épier l’extérieur des appartements. Ils consacraient tous leurs soins à cette surveillance.” Les propriétaires sont inquiets pour leurs biens; les maris pires que tout autre. Et les femmes en subissent un contrôle odieux. “Mieux me vaudrait mourir que vivre : mais cela, même je ne le puis. J’ai sur moi une foule de gardiens, mes chambellans qui tous, vieux ou jeunes, haïssent l’amour et font de l’austérité leurs délices. Il me faut donc tout subir, lasse, et me résigner.”
Pourtant, les débuts des récits de Tristan & Iseut s’accordent à nous dépeindre un roi Marc placide et débonnaire. Hélas, l’aventure conjugale dans laquelle il est entraîné à son corps défendant aura raison de sa tranquillité, et de sa valeur. Avoir “pris femme” en fait un homme vil. Des passions morbides vont s’installer en lui et le conduire à des actes graves, maléfiques, humiliants, meurtriers.
D’emblée d’ailleurs, le mari inspire de la crainte à la femme épousée, désormais sous sa coupe. A de nombreuses reprises Iseut craint son courroux. Elle sait que l’homme est rendu méchant par le mariage. Un jour Iseut le voit pénétrer dans ses appartements. “Elle lève les yeux vers son visage. Elle y perçoit un air cruel et féroce” qui la met au comble de l’inquiétude. Vivant ses amours dans la clandestinité obligée, Iseut avoue : “si le roi savait ce qui se passe, je serais écartelée [...] je suis certaine qu’il me donnerait la mort.” Et cette épée de Damoclès constamment suspendue crée une atmosphère d’angoisse continuelle. “Je tremble, j’ai grand peur. Cette peur qui m’étreint me force à partir.” La jalousie, en effet, ne cesse de le tarauder. Les rumeurs sur les amours de son épouse avec Tristan le mettent en rage; il est “résolu à les exterminer” Les méfaits de ce roi jaloux sont innombrables : l’espionnage et les prises sur le fait sont les moindres; avec la condamnation de Tristan et Iseut, le roi se fait meurtrier; on le dit “impitoyable et entêté” ! Il proclame qu’il ne “renoncera pas à les faire brûler vif. Il donne l’ordre d’allumer le feu et d’amener son neveu. Il veut que celui-ci brûle le premier dans les flammes.” Mais Tristan parvient à s’enfuir. Alors, la fureur du roi prend un tour monstrueux; tout d’abord, il l’impose à son peuple : “il leur fait jurer sur leurs propres yeux que le premier qui aura l’occasion de prendre Tristan devrait aussitôt le faire sous peine d’être pendu.” Puis, pour Iseut, aucun châtiment ne lui paraît assez horrible : quand un lépreux propose de la prendre pour la donner en pâture à ses pareils afin d’assouvir sur elle leur luxure et de la contaminer, le roi exulte d’avoir trouvé là “un moyen infaillible pour qu’elle vive en étant déshonorée” , d’autant plus que le lépreux lui assure que “nous brûlons d’une telle ardeur qu’il n’y a pas une femme sous le ciel qui pourrait supporter, pas même un jour, de faire l’amour avec nous.” Y a-t-il pire ignominie que la vengeance conjugale ?
Mais les amants parviennent à s’enfuir. Hélas, un forestier découvre leur cachette dans la forêt et la révèle au roi; dès lors, celui-ci n’a de cesse d’accomplir sa vengeance. “Le roi est parfaitement résolu à les exterminer. [...] Il préfère être pendu plutôt que de ne pas tirer vengeance de ceux qui l’ont déshonoré.” Lorsqu’Iseut est de retour à Tintagel, commence une vie déchirée : tantôt Tristan est innocenté, par conséquent bienvenu à la cour; tantôt soupçonné ou surpris dans ses amours avec Iseut, il est chassé. Lors d’un de ses séjours, Marc installe un piège effroyable : il charge un de ses proches de faire “faire des pièges armés de faux. Il les plaça, la nuit, devant le lit de la reine, afin que si Tristan venait, il se fit une telle marque que le roi le reconnaîtrait.”
Ce piège sanglant n’est pas exceptionnel; un amant rendant visite à sa belle en passant par la fenêtre s’empale sur des piques; “les broches étaient dressées : l’une le frappe en plein corps et le sang vermeil jaillit. Quand il se sent navré sans remède [...] il vient sur le lit, dont tous les draps deviennent sanglants.” Comme est le lit d’Iseut, tout ensanglanté. On pourrait bien sûr, avec les ésotéristes, voir dans ces hémorragies, le signe qu’une initiation est en cours, ou bien, avec les psychanalystes, une défloration ... Mais on doit d’abord bien se pénétrer de la violence des maris rendus fous furieux par leur jalousie.
Le roi cependant songe parfois à cette ancienne quiétude qu’il affectionnait avant son mariage. Il reproche ainsi à ses barons de ne pas se soucier de sa tranquillité. “Avec vous, je ne peux jamais vivre en paix.” N’empêche, il demeure dans un état de constante contrariété. Certains exégètes voient en Marc le prototype du mari berné. Précisons tout de même que ce prototype n’existe pas là où le mariage n’existe pas; et que nul ne s’en plaint ! On voit s’affairer autour de lui des barons empressés à lui révéler son “déshonneur” et à le presser de le laver. Car le mari “trompé” qui laisse faire ou ne réagit pas est déconsidéré. “Les barons s’adressèrent au roi : - La reine s’est conduite de manière insensée et elle ne s’est jamais justifiée. On vous le reproche comme une lâcheté.” Ce reproche ne cessera plus; car les barons n’admettent pas que le roi tolère l’adultère dont il est “victime”; en bonne logique, il doit se défendre et empêcher cette situation. Si son affection pour Tristan l’incite à fermer les yeux, les barons veillent et harcèlent le roi pour qu’il réagisse. Il y va de leur intérêt autant que du respect de la loi commune. Ils se concertent et s’interrogent : “Que pouvons-nous faire ? Le roi est trop lâche. Bientôt il fera revenir son neveu. Parole donnée ni vœux n’y feront rien.” Eux-mêmes, avilis par l’appât du gain et du pouvoir, ne peuvent à aucun moment renoncer à leur cupidité. Après le serment de la Blanche Lande prêté par Iseut et destiné à faire cesser toute accusation contre elle et Tristan, les barons recommencent leurs persécutions. “Malgré cette paix, les trois félons songent à une trahison. Un espion qui espère améliorer son sort vient les trouver” pour leur proposer un nouveau coup. Car toute dénonciation est généreusement rémunérée.
Certes, les maris trompés sont ridiculisés par la morale en cours, et sommés de faire cesser une situation dite inacceptable. Mais les poètes et romanciers semblent ne pas partager ce jugement. En effet, les maris vengeurs, ceux qui punissent les contrevenants à l’ordre nouveau, ces jaloux malfaisants et cruels sont montrés du doigt. Lorsqu’Iseut est décrite un jour en train de chanter en s’accompagnant à la harpe, elle chante précisément la douleur d’une épouse à qui son mari a donné à manger le cœur de son amant. Ce motif est très fréquemment traité dans les lais et chansons du Moyen-Age : c’est le motif du “cœur mangé”. Cette horrible vengeance des maris jaloux est à la fois une pratique apparemment courante mais aussi toujours dénoncée; ces maris-là sont incriminés et déconsidérés. L’un des plus connus est le “Roman du châtelain de Couci et de la dame de Fayel”. Les deux amants s’aiment à l’insu du seigneur de Fayel. Le châtelain de Couci part en croisade où il est blessé par une flèche empoisonnée; il demande alors à ses serviteurs de lui ôter le cœur, de l’embaumer et de le porter à sa dame. Mais le seigneur de Fayel intercepte le coffret contenant le cœur et le fait servir bien cuisiné à son épouse; puis il l’informe de la chose : “en mangeant ce plat, vous avez mangé le cœur de celui que vous avez le mieux aimé, celui du châtelain de Couci, qu’on vous a servi ici.” Elle annonce alors qu’elle ne mangera plus jamais et se laisse ainsi mourir. Pareillement fit le comte dont Iseut chante le forfait, car il “donna perfidement le cœur de Guiron à manger à sa femme” . Iseut sait bien que tel est peut-être le châtiment qui la menace. Car tels sont devenus les hommes de la société conjugalisée : des angoissés, des schizophrènes, des jaloux, des monstres de cruauté, des meurtriers.
Mais Marc n’est pas le seul jaloux dans cette histoire. Ceux-ci pullulent autour d’Iseut, chacun d’entre eux osant espérer pour lui des faveurs qu’elle est accusée d’accorder à Tristan. “Il était venu à la cour pour tenter de séduire la reine [...] Il venait pour la courtiser mais il n’y réussissait pas .” Tristan lui-même éprouve ce mal. Loin d’Iseut, il imagine qu’elle “ne peut éviter de prendre un autre amant [...] cette pensée l’égare. Cet égarement bouleverse ses sentiments. [...] Quand il s’adonne à cette pensée douloureuse, il exprime sa haine à l’image d’Iseut [...]” Même Tristan est jaloux; le dépit d’une longue séparation sans nouvelles d’Iseut le plonge dans un terrible tourment de jalousie que le roman dit “courtois” de Tristan explora avec beaucoup de finesse. La jalousie de Tristan lui donne l’occasion de se livrer à une très belle méditation tourmentée sur cette problématique de la jalousie. “Un étrange amour unit ces quatre personnes : chacun en retire peine et douleur et tous vivent dans la tristesse. Aucun d’entre eux n’en retire de la joie. D’abord le roi Marc craint qu’Iseut lui soit infidèle et qu’elle aime un autre que lui; il endure un vif tourment car il n’a d’amour et de désir que pour Iseut qui s’est détachée de lui. Il peut jouir de son corps mais cela ne lui suffit guère dès lors qu’un autre possède ses sentiments. Cela le rend fou de fureur et de colère. [...] Après le roi, c’est Iseut qui en souffre car elle a ce qu’elle ne désire pas et elle ne peut avoir ce qu’elle désire. Le roi Marc n’a qu’un seul motif de tristesse mais pour Iseut j’en vois deux. Elle veut Tristan et ne peut l’avoir. Elle doit rester avec un mari qu’elle ne peut ni fuir ni délaisser. [...] Le seigneur Tristan souffre double peine et double torture à cause de son amour. Il a épousé Iseut aux Blanches Mains qu’il ne veut ni ne peut aimer. Il n’a pas le droit de la quitter. [...] Il souffre à cause de la femme qu’il possède et souffre encore plus de celle qu’il ne possède pas. [...] Mais elle ne souffre pas moins Iseut aux Blanches Mains, sa femme. Elle souffre d’une absence de plaisir. Son mari ne lui en procure jamais et elle n’a pas d’amant. Elle désire Tristan, elle est à Tristan et ne reçoit de lui aucun plaisir. [...] Je ne sais dire lequel souffre le plus et je me sens incapable d’expliquer cela.” Cette perplexité du poète est pathétique. Elle pose exactement les mêmes questions que celles qui tracassent notre temps. Que nous ayons les possibilités de rupture et de liaisons que n’avaient pas les héros et héroïnes de jadis ne change rien au problème.
Nous sommes encore sous l’emprise de ces émotions apparemment inconciliables. Tout simplement parce que nous, humains du XXIè siècle, comme nos ancêtres du XIIè siècle, nous sommes tous sous le régime de la conjugalité. A une grande différence près : c’est que ce qui était vécu par nos lointain(e)s ancêtres comme une contrainte insupportable, nous le vivons, nous, au XXIè siècle, de notre plein gré; nous y avons même ajouté une touche de mysticisme amoureux qui rend la chose encore plus adhérente. Car le couple est l’exact équivalent du mariage; et le couple semble l’horizon indépassable de nos rêves d’amour. Point n’est besoin de contrat traditionnel ou de PACS, la jeunesse comme la génération de ses parents et aïeux voit dans le couple la forme idéale de vie affective. Il n’est dorénavant plus nécessaire de recourir aux institutions, aux contraintes familiales ou sociales, plus besoin de mariages arrangés pour obliger les gens à vivre à deux. Il n’est d’ailleurs nullement nécessaire de vivre à deux; le nombre croissant de célibataires, les familles monoparentales sont là pour le prouver. Mais nous sommes si bien configurés par les vieux mythes que nous ne nous en sommes pas rendu compte. Il suffit pourtant de relire les vieux textes pour constater que cet idéal de vie est daté; qu’il n’a en outre, jamais été idéal ! Mais nous ne le savons plus. Et, apparemment, Thomas ne le savait déjà plus. Et les affres de souffrance et d’incompréhensibles tourments dans lesquels se débattent les héros avaient vraiment de quoi le laisser perplexe !
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Marie* Modératrice - Chevalier Gentil

Inscrit le: 16 Fév 2005 Messages: 6352 Localisation: les brumes du nord
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Posté le: 25 Mai 2008 05:18 Sujet du message: |
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Beau travail d'analyse
Et encore une foi merci de nous le faire partager.
A remarquer tout de même qu'il s'agit là de notre société occidentale, dans d'autres cultures où le mariage existe bel et bien, la jalousie tel que tu l'as décrit ici n'existe pourtant pas.
Sans doute s'y ajoute t-il dans nos sociétés une autre composante  _________________ *Rit Ur* - La Charte des Gentils
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